Après la chute du mur de Berlin, des squatteurs ont occupé des maisons à l’est de la ville pour protester contre un pays réunifié devenu soudainement capitaliste. Aujourd’hui, quelques squats ont subsisté et la nouvelle génération qui l’occupe est revenue à des revendications plus pragmatiques.

Nous sommes 30 ans après la chute du mur de Berlin. Toute la ville est désormais passée dans le camp capitaliste. Toute ? Non. Quelques irréductibles squatteurs tentent de résister à l’envahisseur : l’investisseur immobilier venu profiter de la gentrification des anciens quartiers ouvriers de Berlin.
Dans l’ancien Berlin-Est, la chute du Mur en 1989 a engendré l’apparition des squats dans les anciens quartiers de l’Allemagne communiste. Le phénomène n’est pas nouveau pour l’Allemagne où il y avait eu uniquement dans les années 1980 et 1981 plus de 250 occupations de bâtiments, essentiellement à l’Ouest.
Les années 1990 et 1991 furent riches en squats dans l’ex-Berlin-Est. Des centres d’art, des clubs technos ou des lieux de vie alternatifs se créent dans les anciens quartiers ouvriers, comme celui de Friedrichshain.
C’est d’ailleurs là que se situe le Liebig34, squat anarcho-queer-féministe. Les Berlinois les plus aisés ont commencé à s’y implanter, entraînant une hausse des prix des logements. Les propriétaires se frottent les mains. C’est l’occasion de transformer leurs anciens immeubles en logements haut de gamme. 
Aujourd’hui, bien qu’en déclin constant suite à différentes expulsions ou légalisations, certains squats tentent toujours de résister. Mais 30 ans après la chute du Mur, les squats ont changé. Leurs habitants ont désormais des revendications plus pragmatiques, comme la création de “safe spaces” pour les personnes LGBTQI+ et protestent contre l’embourgeoisement de leur quartier.
Aujourd’hui, au Liebig34, les 40 habitants du squat craignent à leur tour l’expulsion. Le 15 novembre, les habitants seront devant la justice. Le contrat avec le propriétaire n’a pas été renouvelé et ce dernier veut les expulser. Chez les squatteurs, personne ne se fait d’illusions sur l’issue du procès.
Le loyer à Berlin-Est était relativement peu cher, dû au contrôle des loyers depuis 1936. En moyenne, une famille ne dépensait qu’entre 5 à 15% de son revenu pour le loyer. Jusqu’à la chute du Mur en 1989, il n’y avait que 11 squats à Berlin-Est, alors qu’on en comptait plus de 357 de l’autre côté du mur. 
Lors de l’effondrement de l’État communiste, une sorte de vide juridique s’est créé. Cela offrait un espace pour occuper des bâtiments de façon officielle et visible. Au total, pas moins de 130 maisons étaient occupées. 
Le squat de la Kastanienallee est l’un de ceux-là. Il a vu le jour en 1990 et a été le théâtre de multiples projets, comme une galerie non commerciale dans le souterrain du bâtiment ou encore un point de distribution de nourriture gratuite pour les gens dans le besoin.
Les occupants voulaient à l’époque résister contre la dévastation spirituelle et culturelle de leur pays, désormais capitaliste. Aujourd’hui, certains de ces squats sont désormais “légaux”, comme celui de la Kastanienallee, et attirent l’attention des touristes. Pourtant, leurs habitants s’en seraient bien passés.
Une statistique est particulièrement parlante. En 1990, les Allemands de l’Est ont jeté trois fois plus de déchets que les Allemands de l’Ouest. La RDA était vue comme gênante, il fallait s’en débarrasser. 
Dans les années 1990, Berlin a commencé à avoir du succès comme ville alternative pour des artistes du monde entier. Il était possible de se loger pour rien, en piochant ses meubles dans la rue. 
En février 1990, à peine trois mois après la chute du Mur, l’un des plus grands squats va naître: le Tacheles. En yiddish, son nom signifie “parler clairement, de manière directe”. Son franc-parler n’a pas duré, il ferme en 2012.
Depuis, certains anciens du Tacheles se sont dispersés en périphérie de Berlin, à la “Kulturbotschaft Berlin-Lichtenberg”.

Autres contenus du chapitre Transgressions